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Ramadan: «Les musulmans doivent apprendre à vivre avec l’autre», exhorte le grand imam de Bordeaux

2021-04-12T05:37:46.796Z

Alors que le ramadan débute ce mardi, Tareq Oubrou prend position pour un islam de France indépendant de l’étranger et appelle à une réflexi Le ramadan débute ce mardi dans un contexte politique chargé pour l’islam de France : charte des imams controversée, loi séparatisme, financement des mosquées… Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux, essayiste et auteur de « Appel à la réconciliation ! » (Ed. Plon) , évoque ces sujets sans concessions. Il appelle à une grande réflexion sur la pratique, tout en défendant un « islam discret ». Comment le



Le ramadan débute ce mardi dans un contexte politique chargé pour l’islam de France : charte des imams controversée, loi séparatisme, financement des mosquées… Tareq Oubrou, l’imam de Bordeaux, essayiste et auteur de « Appel à la réconciliation ! » (Ed. Plon) , évoque ces sujets sans concessions. Il appelle à une grande réflexion sur la pratique, tout en défendant un « islam discret ».

Comment les musulmans s’adaptent-il au contexte sanitaire pour ce ramadan ?

TAREQ OUBROU. Le ramadan, c’est jeûner, s’abstenir de manger, de boire, et d’avoir des rapports sexuels pendant le jour. On peut l’effectuer n’importe quand, n’importe où, ce n’est pas lié à la mosquée, même si c’est un moment où il y a une fréquentation supérieure, notamment pour les prières de nuit. Dans le ramadan, il y a un aspect horizontal du jeûne, avec le partage, la charité. Il y a des gens qui ont faim, mais au lieu de les inviter, on fait des colis. Pendant le ramadan, l’objectif n’est pas de rattraper le soir ce qu’on ne mange pas la journée. Le musulman partage la faim la journée avec le pauvre et le repas avec lui le soir.

Faites-vous passer des consignes aux familles pour le respect des règles sanitaires ?

Il faut respecter les règles de la République, tout simplement. Les musulmans sont des citoyens comme les autres et la religion renforce cet aspect : on ne doit pas contaminer les autres. La convivialité ne doit pas se faire à n’importe quel prix.

Le mois du ramadan correspond à un pic de générosité. Est-il possible de construire des mosquées sans fonds étrangers ?

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La majeure partie du culte est financée par les musulmans de France, mais rien n’empêche de chercher l’argent là où il se trouve, tant qu’il est légal, transparent, traçable et non conditionné par une opinion politique, idéologique ou doctrinale. L’argent n’est pas intégriste, les murs d’une mosquée ne sont pas intégristes. Ce sont les hommes et les discours.

Quel est votre regard sur les soupçons d’ingérence turque dans la construction de la mosquée de Strasbourg ?

Je suis pour un islam de France. Pas pour un islam turc de France, ni algérien de France ou autre. Les allégeances politiques à l’étranger me dérangent beaucoup. Il faut que l’islam acquière davantage d’autonomie. Une pression est exercée par des pays musulmans sur la France, il ne faut pas céder.

LIRE AUSSI > Mosquée Eyyûb Sultan de Strasbourg : aux origines de la polémique sur une subvention controversée

De ce point de vue, la charte des principes de l’islam de France, rédigée par le Conseil français du culte musulman (CFCM) en lien avec le ministère de l’intérieur, est-elle une garantie ?

Le Conseil français du culte musulman ne représente plus rien, même pas les fédérations qui ont signé ce texte. Même elles agissent matin, midi et soir contre ce texte. C’est une initiative qui a un poids au niveau médiatique et politique mais qui n’a aucun effet réel, puisque les relations avec l’étranger perdurent. Ensuite, on y demande à des laïcs de former des imams, on marche sur la tête ! Le politique est dans son rôle, il faut qu’il rassure la société. Mais dans la politique, il n’y a que de la communication. Après l’assassinat de Samuel Paty, l’autorité publique a tapé sur la table et dit : « Réunissez-vous et faites une charte », alors qu’elle sait qu’elle négocie avec des bras cassés. Le CFCM est un monstre, constitué de fédérations qui n’ont aucun projet commun.

Quelle alternative proposez-vous pour parler d’une voix commune ?

Je propose de constituer un Conseil national des imams de France par la base. Le CFCM ne doit pas continuer comme ça. Il ne faut pas qu’il soit constitué par des fédérations historiques, mais par un tissu de mosquées, par la base. En France, on a assez de lois pour encadrer le religieux. On en fait beaucoup, sans se donner les moyens de les faire respecter. On n’a pas besoin d’instance représentative, le culte peut s’organiser de manière autonome.

La structuration ne facilite-t-elle pas le contrôle ?

Il faut faire respecter le droit, rien que le droit. Aujourd’hui, tout le monde fait de la tactique. On dit qu’on est pour l’égalité hommes-femmes ? Encore heureux ! On va signer une charte pour respecter les valeurs de la République ? Mais est-ce qu’on a le choix ? Les musulmans vivent en France ! La République n’est pas une Église inquisitrice, elle fait respecter la loi. Il y a des royalistes qui sont contre la République, on va les interdire ? Il y a aussi des trotskistes, des anarchistes, des islamistes… Le commun des musulmans se dit : « De quoi je me mêle ? » Pourquoi demande-t-on aux musulmans de respecter les lois de la République, alors que ce sont les terroristes en prison qui ne les respectent pas ? Il ne faut pas attendre une demande du gouvernement pour faire une charte. Il faut que ça vienne des musulmans, dire : voilà l’islam que nous voulons pratiquer. Il faut que ce soit volontaire, libre, une adhésion charnelle. Nous aimons notre pays, nous n’avons pas besoin d’être sous le marteau du gouvernement.

Votre initiative peut-elle rassembler ?

Une institution représentative n’a pas vocation à représenter tous les religieux, ce n’est jamais le cas, même chez les juifs, les catholiques ou les protestants. Il ne faut pas être dupe, il y aura toujours des gens qui n’accepteront pas. Je souhaite qu’on organise les imams par la base, avec une charte doctrinale, idéologique, un règlement intérieur. On a besoin d’une doctrine théologique. On est une religion, pas un parti politique, et notre nationalité est la nationalité française. Il faut motiver les musulmans, reconfigurer la structuration, et l’Etat a les moyens de l’accompagner. Le ministre de l’Intérieur a envoyé une circulaire pour demander aux préfets d’organiser la représentativité au niveau départemental. Le Conseil national des imams ne marchera pas s’il ne vient pas des imams.

Quelle vision voulez-vous promouvoir ?

Nous, les musulmans, on a beaucoup de problèmes. Ce n’est pas l’Etat qui est fautif, mais la constitution de cette communauté musulmane, traversée par une lecture d’un islam autiste qui ne parle qu’avec lui-même. On a besoin d’un concile à la musulmane pour refonder le droit canonique. On oublie que la religion, c’est une pensée et un discours, pas uniquement une organisation. Il faut revoir la théologie du droit canon qui nourrit le séparatisme. Certains discours sont naïfs et explosifs, sur les rapports hommes-femmes, sur l’économie, l’usure. Les musulmans sont étouffés par cette religion. Tout est interdit ! Il y a des banques islamiques, des voyages islamiques, le foulard islamique. Même un enfant ne peut pas manger un bonbon parce qu’il y a des traces moléculaires de gélatine de porc ! C’est quoi ce délire ? Ce discours n’est pas intégriste, ne prône pas le meurtre, mais il crée de la rupture. J’entends qu’il ne faut pas manger sur une table où il y a du vin ou du porc. Mais ce qui est interdit, c’est de manger le porc, pas de s’asseoir avec quelqu’un qui est libre d’avoir ses aliments. Il faut que les musulmans apprennent à vivre avec l’autre, dans sa différence.

Les croyants devraient selon vous moins mettre en avant leur pratique ?

Je parle en tant que théologien, je prône la discrétion. Dieu lui-même est resté au ciel. La pudeur, c’est de savoir vivre avec les autres et de ne pas leur imposer ses valeurs, c’est l’altérité. Je ne dis pas qu’il ne faut pas pratiquer, mais il faut une visibilité discrète. Malgré les apparences, l’islam de France est dans un processus d’acculturation et va vers l’intégration. Je reste confiant dans la République, qui est une machine affaiblie, mais qui fonctionne.

Source: leparis

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