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Russie: Le régime pourrait-il survivre sans Poutine?

2021-04-09T09:22:54.722Z

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Vladimir Poutine a signé lundi 5 avril une loi lui permettant de briguer deux nouveaux mandats. Pour Hadrien Desuin, cette annonce renforce le pouvoir du président russe, et en même temps, pose la question de la survie du régime poutinien au moment où celui-ci ne sera plus...



Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il a notamment publié La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie (éd. du Cerf, 2017).

FIGAROVOX. Vladimir Poutine a promulgué une loi lui permettant de se représenter à la fin de son mandat actuel. À travers cette manœuvre, quel message envoie le président russe au reste du monde?

Hadrien DESUIN.- Poutine conserve une marge de manœuvre confortable vis-à-vis de ses partenaires internationaux qui sont pour leur part accaparés par les élections intermédiaires ou leur propre réélection.

Avec cette loi, le président russe leur envoie un signal fort: ils devront encore compter sur lui dans les années à venir. Paradoxalement, il renvoie aussi l’image d’un président qui ne parvient pas à organiser une transition, voire un leader qui n’arrive pas à lâcher le pouvoir; un peu comme si sa forte personnalité était inséparable du destin de la Russie.

Cette réforme constitutionnelle renforce encore un peu plus le pouvoir poutinien mais elle peut donc être un aveu de faiblesse. Cette présidence à rallonge est stable mais elle démontre en même temps que la démocratie russe ne peut toujours pas fonctionner sans Poutine.

Le vieillissement de Poutine entraînera de fortes turbulences politiques entre ses héritiers et ses opposants dans un pays connu pour ses soubresauts révolutionnaires.

Or Poutine, s’il préside la Russie depuis plus de 20 ans, n’est pas éternel. Son vieillissement entraînera de fortes turbulences politiques entre ses héritiers et ses opposants dans un pays connu pour ses soubresauts révolutionnaires. J’ai tendance à penser qu’une personnalité politique de la trempe de Poutine ne se rencontre qu’une seule fois par siècle.

À la fin de ses mandats, Poutine aura connu une longévité politique supérieure à celle de Staline! La question demeure: est-ce que la démocratie poutinienne pourra survivre à sa disparition politique?

Cet éventuel prolongement au pouvoir du président russe peut-il engendrer des conséquences sur les relations entre la Russie et les «démocraties occidentales»?

Les pays européens ayant plus ou moins aligné leur position sur celle des États-Unis, ces derniers devraient suivre Joe Biden dans sa croisade pour la démocratisation de la Russie. Mais une révolution de palais reste improbable et le retour de Navalny et sa vidéo sur la villa du Président n’a été qu’une tempête dans un verre d’eau.

À lire aussi :«En Russie, l’angoisse autour du coronavirus renforce Poutine»

Bien que l’annonce de cette réforme constitutionnelle soit antérieure, l’arrivée de Biden durcit encore un peu les relations entre l’Europe et la Russie car son administration exerce une pression sur l’opposition russe, dans «l’étranger proche» (Biélorussie, Ukraine, Caucase, Asie centrale) mais aussi en Europe occidentale.

Le dernier échange télévisé entre Joe Biden, qualifiant Poutine de « tueur », et ce dernier répondant avec ironie, a donné le ton des années à venir.

Le dernier échange télévisé entre Joe Biden, qualifiant Poutine de «tueur», et ce dernier répondant avec ironie peu avant que le président américain ne chute à plusieurs reprises dans les escaliers de son avion, a donné le ton des années à venir.

À lire aussi :«Poutine est obnubilé par la compétition»

Les pressions pour que l’Ukraine et la Géorgie puissent intégrer l’OTAN vont être fortes. La France et l’Allemagne qui s’y opposent jusqu’à aujourd’hui vont devoir tenir leurs positions car c’est un objectif très clair du Pentagone. Les États-Unis supportent de moins en moins bien une voix dissonante sur le dossier russe. On l’a vu sur le dossier du gazoduc NordStream2, où Berlin a résisté à un ultimatum qui faisait écho aux pressions subies par la France à l’occasion de la vente des Mistrals.

En somme, les États-Unis vont continuer à s’appuyer de plus en plus sur les pays d’Europe centrale et les pays baltes et jouer sur les divisions franco-allemandes. «La vieille Europe», dont parlait Donald Rumsfeld sous George W. Bush, est perçue davantage comme une gêne que comme un atout pour les États-Unis.

Une recrudescence du conflit en Ukraine est redoutée suite à une mobilisation de troupes russes à la frontière. Quelle est la situation actuelle?

Les États-Unis encouragent l’Ukraine à relancer la reconquête du Donbass et à reposer la question de la Crimée jusqu’à un certain point. L’armée américaine ne participera pas à un conflit de haute intensité, en première ligne face à l’armée russe. Les conséquences seraient trop risquées au regard de la dissuasion nucléaire russe.

Il faut admettre que la majorité des Russes sont passifs quant à l’exercice poutinien du pouvoir. Cette stabilité semble convenir au pays.

Le jeu ukrainien des États-Unis est donc une stratégie indirecte qui passe par un soutien logistique et financier. Il y a eu des mouvements de troupes de part et d’autre mais rien de plus. La question du remplacement de la flotte ukrainienne de chasseurs de combat sera aussi regardée de près par Moscou.

Dans ce contexte, Paris pourrait tout à fait relancer le processus de Minsk en organisant une rencontre entre les présidents russe, ukrainien, allemand et français. Le bicentenaire de la mort de Napoléon, le 5 mai aux Invalides, serait une excellente occasion de relancer ce dialogue et d’apaiser les tensions.

Le peuple russe soutient-il toujours la politique menée par son président?

Oui mais de moins en moins. Il y a un phénomène d’usure politique assez évident analysé par les politologues russisants depuis la fin de la guerre en Ukraine. La jeune génération qui est née sous l’ère Eltsine ou Poutine n’a pas de souvenirs du désordre des années 80 et 90. La jeunesse aspire logiquement à un renouvellement. Néanmoins, il faut admettre que la majorité des Russes sont passifs quant à l’exercice poutinien du pouvoir. Cette stabilité semble convenir au pays.

Source: lefigaro

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