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L'insolent bilan de la saison de ski en Suisse

2021-04-15T17:19:42.313Z

La saison n'est pas encore finie que les médias régionaux s'en gargarisent déjà : l'ouverture des remontées mécaniques cet hiver serait «un pari réussi». Et du côté français des Alpes, la jalousie bat son plein... Alors, mission accomplie ?



Ce n'est plus de l'impertinence, c'est carrément de la provocation. Dans un article intitulé «L'ouverture des stations de ski, un pari réussi», le journaliste Alexandre Beney du Nouvelliste, un quotidien d'information locales dans le canton suisse du Valais, s'amuse à faire cette comparaison : «la semaine passée, le taux d'incidence était de 141 personnes infectées pour 100 000 habitants en Valais et de 299 en Haute-Savoie». Le Valais où, contrairement à la Haute-Savoie, les remontées mécaniques ont ouvert dès la fin novembre - alors même qu'au début de l'hiver, les Helvètes étaient majoritairement hostiles à l'ouverture, selon un sondage Tamedia publié par 20 minutes.

S'il est encore trop tôt pour tirer un bilan général de la saison 2020/2021 qui n'est pas encore tout à fait terminée, certaines stations d'altitude étant encore ouvertes à la mi-avril, les grands domaines skiables du pays commencent déjà à communiquer des chiffres. Certes ils ne sont pas très bons (la Suisse applique à ses frontières un contrôle sanitaire strict, imposant des restrictions aux voyageurs ne disposant pas d'un passeport ou d'un titre de séjour) ; ils sont néanmoins loin d'être catastrophiques, se rassurent les acteurs du secteur. Auprès de la RTS, les domaines des Portes du Soleil et de Verbier, en Suisse romande, reconnaissent tout de même des pertes de 20 % à 30 % de chiffre d'affaires par rapport à une saison normale.

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«Ce sont des chiffres logiques» commente Laurent Vanat, consultant et auteur chaque année d'un rapport international sur le tourisme de neige, «puisque cette année la plupart des skieurs étrangers ne sont pas venus. Cela dit ils représentent 35 % des clients d'habitude, or les pertes pour les stations sont inférieures à cette proportion : c'est donc qu'en compensation, les Suisses ont davantage skié au cours de cette saison.» Le spécialiste de l'économie des sports d'hiver rappelle en outre que la France, l'Allemagne et l'Italie ont fait figure d'exceptions : dans la plupart des autres pays du monde, on a continué à skier malgré la pandémie.

Pas de foyers de contamination déclarés

Reste que malgré une saison «économiquement compliquée» d'après les mots mêmes du président des Portes du Soleil Enrique Cabarello, les autorités sanitaires du pays ne recensent selon lui aucun foyer d'infection dans les stations de ski. Surtout, alors que la France et l'Allemagne, qui ont pourtant toutes deux laissé leurs remontées mécaniques fermées cet hiver, ne parviennent pas à maîtriser la nouvelle vague épidémique provoquée par la diffusion des nouveaux variants du virus, la Suisse a annoncé mercredi qu'elle comptait rouvrir très largement ses lieux publics : «il sera de nouveau possible d'organiser des manifestations accueillant du public, par exemple dans les stades, les cinémas ou les salles de concert et de théâtre. Les activités sportives et culturelles à l'intérieur seront aussi à nouveau autorisées, y compris certaines compétitions. Enfin, les restaurants pourront rouvrir leurs terrasses» a précisé notamment le Conseil fédéral.

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Il faut dire que les stations de ski helvétiques s'étaient préparées depuis longtemps à prendre les précautions drastiques qui s'imposaient. Dès l'été, elles avaient mis sur pied un plan sanitaire d'ampleur, prévoyant l'embauche de personnels supplémentaires (10 % à 15 % de plus que d'habitude) pour gérer les flux de skieurs dans les stations, ainsi que des infrastructures spécifiques permettant de circuler sans (trop) se croiser, comme des filets ou des barrières. Pour un surcoût total de plusieurs centaines de milliers de francs dans les grandes stations. Devant le succès de l'entreprise, objectivé par l'absence de clusters, les responsables du tourisme et des sports d'hiver n'en finissent plus de s'autocongratuler dans la presse.

En lisant le bilan que tirent les Suisses de leur saison, je ne peux qu'éprouver des regrets.

Nicolas Rubin, maire de Chatel

De quoi faire pâlir d'envie leurs voisins haut-savoyards, qui avaient accueilli froidement la décision de laisser fermées les remontées françaises. «En lisant le bilan que tirent les Suisses de leur saison, je ne peux qu'éprouver des regrets» confie au Figaro le maire de Chatel Nicolas Rubin. «On a sacrifié la liberté et les grands espaces, pensant à tort que l'on protégerait davantage la santé des Français alors qu'en fin de compte cela leur aurait peut-être été profitable de prendre l'air cet hiver. Nos voisins suisses, eux, ont osé, ont tenté et ont réussi leur coup.» L'élu a néanmoins tempéré depuis quelques mois ses critiques à l'égard de l'exécutif, saluant à présent les efforts accomplis pour débloquer des aides importantes auprès des professionnels du secteur. Entre 500 et 700 millions d'euros devraient en effet être reversés aux exploitants, et le feu vert donné par l'Europe devrait accélérer le versement des chèques compensant la perte de chiffre d'affaires.

Nicolas Rubin souligne toutefois que des trous dans la raquette demeurent, en ce qui concerne par exemple les sous-traitants, sociétés d'entretien des remontées mécaniques ou fournisseurs. Ainsi, les projets d'investissement ou d'achat de matériel (comme de dameuses par exemple) ont été, sinon suspendus, du moins différés, menaçant l'ensemble d'un écosystème local qui emploie en outre fréquemment des travailleurs saisonniers, sitôt l'hiver passé. Sans aide de l'État, ceux-ci risqueraient donc de subir une double peine.

«Mission accomplie»

En Suisse cependant, comme la perte de chiffre d'affaires a été bien moindre, les aides fédérales se font davantage attendre et les domaines s'en sortent péniblement. De l'autre côté des Alpes, on a aussi reporté quelques projets d'investissement d'ampleur.

Qu'importe, le jeu en valait la chandelle : pour le directeur des remontées mécaniques de Villars-les-Diablerets, c'est même une «mission accomplie», rapporte la journaliste suisse Anouk Pernet. Outre en effet la sensation de liberté donnée aux skieurs en des temps où la tendance est plutôt à l'enfermement et à la morosité, les Suisses auront de nouveau prouvé qu'on peut faire l'inverse de ses voisins et s'en tirer quand même à bon compte - et ça, ça n'a pas de prix.

Source: lefigaro

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